Textes choisis

Quelques textes choisis pour clarifier un sujet qui me tient à coeur!

Pour toute reproduction de ces textes veuillez en demander la permission par couriel et faire référence au site d'origine, à l'auteur ou au traducteur qui y sont mentionnés. Merci.

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12 étapes de débouchage

(extrait de
Une feuille à la fois ISBN 0-9696537-0-0, © Daniel Laguitton, Ottawa, 1992)

Vingt-quatre janvier
La santé est en partie affaire de tuyauterie.
Jacques de Bourbon Busset

Les Douze Étapes ressemblent à des étapes de débouchage de notre tuyau spirituel obstrué par les déversements de substances toxiques que nous y avons effectués au fil des années.

Cette paraphrase des Douze étapes, maintes fois reprise sur le Web, figure à la page 24 (24 janvier) de « Une feuille à la fois », recueil de pensées quotidiennes pour la recherche de l'enfant en soi, livre publié en 1992 et que l'on peut commander directement par la poste en suivant les instruction fournies avec le bon de commande .
Cette métaphore a parfois provoqué des réactions virulentes à l'idée de consentement à une puissance supérieure, comme ce fut le cas dans la chronique Contrepoint du magazine l'Actualité du 1er novembre 1998 (p. 115). Ces critiques dénotent chez leurs auteurs une grande ignorance du problème des assuétudes, un déni de leur prévalence et de la souffrance qu'elles causent et qu'elles manifestent, sans compter un possible mépris des milliers de témoignages illustrant le pouvoir transformateur des 12 Étapes.

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Une feuille tirée du recueil de pensées Une feuille à la fois

ISBN 0-9696537-0-0, © Daniel Laguitton, Ottawa, 1992

Premier janvier
Lorsqu'une porte se ferme, une autre s'ouvre et pourtant, nous contemplons souvent si longtemps et avec regret la porte fermée, que nous ne voyons pas celle qui s'ouvre devant nous.
Alexandre Graham Bell

Le début d'une nouvelle année est souvent une période d'inventaire, de résolutions, de bonnes intentions ou de décisions. Le jour de l'An n'est pourtant qu'une tranche de vie de vingt-quatre heures et la perception que nous en avons est intimement liée aux gestes que nous posons, aux émotions que nous ressentons et aux pensées que nous entretenons ce jour-là. Nos choix sont comme des portes qui s'ouvrent à la vie en nous, à la découverte de notre rôle dans le fragment d'univers que nous occupons, à l'acceptation de notre destin et des responsabilités qui y sont rattachées. Pendant les périodes les plus dysfonctionnelles de notre vie, nous avions l'habitude, consciemment ou non, de fermer les portes de la réalité en tentant de la contrôler par nos actes, nos pensées ou nos émotions. Nous préférions survivre dans l'illusion, absorbés que nous étions à rêver de ce que nous désirions ou obsédés par un passé dont nous voulions nous débarrasser.

Nous pouvons, aujourd'hui, choisir l'ouverture inconditionnelle des portes du présent. Cette année nous offrira maintes occasions de faire et de refaire le choix quotidien de l'ouverture, de voyager dans un présent constamment renouvelé. Si nous le voulons, la première porte de cette année peut s'ouvrir sur un voyage dans la sérénité.
Aujourd'hui, je franchis la porte du premier jour du reste de ma vie.

Ce recueil de pensées quotidiennes pour l'éveil spirituel des enfants d'hier est distribué en librairie par Diffusion Raffin. Il peut aussi être commandé directement par la poste en suivant les instruction fournies avec le bon de commande .

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Un texte extrait du Tao Te King

Le Tao Te King comprend 81 chapitres où l'on a cru voir un symbole du nombre solaire 9 porté au carré pour marquer le caractère suprême du texte. À chaque chapitre correspond un bref commentaire dans l'esprit
transpersonnel de l'interprétation qui en est proposée. Le premier chapitre est reproduit ici comme exemple, tel que rendu dans La voie du coeur selon un sage : le Tao Te King de Lao-Tseu (© Interprétation et commentaire, D.Laguitton, Ottawa, 1993, ISBN 0-9696537-1-9)

Tao Te King, chapitre un

La Voie dont on parle
n'est pas la Voie suprême;
concepts et noms
sont des illusions.

Toute réalité
émane du sans-nom;
le nom est ce qui divise
en donnant à toute chose
une identité.

Libéré du désir,
on accède au subtil;
en proie au désir,
on ne voit que le manifeste.

Pourtant subtil et manifeste,
deux noms différents,
ont la même source
plus profonde que le profond,
source de toute compréhension.

Ce livre peut être commandé par la poste en suivant les instruction fournies avec le bon de commande.

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Table des matières de Lâcher prise et trouver la vie

(© D. Laguitton, Ottawa, 1994, ISBN 0-9696537-2-7)
Première partie : Le problème
1....................Sens et non sens
2 ...................Sentir, connaître, ressentir, nommer
3 .....................Plaisir, douleur, souffrance, soulagement
4 .........................Les émotions
La peur: invitation à la prudence
La colère: invitation au refus
La tristesse: invitation à rester
La honte: invitation à se cacher
La joie: invitation à occuper sa place dans l’univers

5 ...........................Assuétudes
Assuétudes orales: boulimie, anorexie, pica
Assuétudes sexuelles
Assuétudes d’occupation
Assuétudes de possession
Assuétudes d’obsession
Assuétude de codépendance
Assuétudes chimiques

6 ....................Famille d’origine
Portrait de famille: des masques
Les parents
Les enfants

7...................... L’adulte enfant : un éternel adolescent Rites de passage
Traverser les éclipses
Les rôles de l’adulte enfant

8.......................L’attachement : un vieil héritage
9 ....Le rôle des institutions
L’école: fabrique de juges ou pépinière d’êtres?
L’Église: tribunal ou temple?
L’armée: des divisions pour la défense des divisions
La corporation: quantité ou qualité?
La médecine: réparation ou anesthésie et aggravation?
La banque: nouveau temple

10 .................Récapitulation

Deuxième partie: La solution
11..Rétablissement du sens
12 .......................S’entraider
13 .......Réinventer la famille
Dix caractéristiques d’une famille saine
14 ......Nous avons procédé par étapes
15 .....Le Nous de l’entraide
16..Groupes d'entraide : Où, quand, comment, pourquoi, combien de temps?

Troisième partie : Itinéraire spirituel
17.................. Réveil spirituel
18 ..........................Athlétisme
19....Cet obscur objet du désir
20 .............................Passage
22..Prière Yang, Méditation Yin
23...Si tu rencontres Bouddha
24.............. Réflexion sur l’art
25 ...........Le mythe de l’Arbre
26 ......................L’intervenant

Appendice
La sagesse des Douze Étapes et des Douze Traditions

Bibliographie Plus de cinquante références

Ce livre est distribué en librairie par Diffusion Raffin. Il peut aussi être commandé directement par la poste en suivant les instruction fournies avec le bon de commande.

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Les 13 caractéristiques, extrait du livre de Janet Woititz, Les enfants d'alcooliques à l'âge adulte

trad. D.Laguitton, Edimag, Montréal, 1991, p. 23.
© 1991 D.L. pour la traduction (1983, 1989 Janet Woititz pour l'original)

"Certaines caractéristiques se dégagent sous une forme ou sous une autre dans presque toutes les réunions. Ces observations méritent qu'on les examine soigneusement et qu'on en discute :

Si ces caractéristiques vous interpellent et que vous désirez en savoir plus à ce sujet, il existe peut-être un groupe d'entraide qui les utilise comme document de référence à deux pas de chez-vous, sous l'appellation Enfants Adultes Anonymes ou Adultes Enfants Anonymes. Je ne saurais trop vous conseiller d'approfondir la question, au pire vous n'y apprendrez rien de neuf, au mieux, cette démarche vous redonnera peut-être la joie de vivre comme elle l'a redonnée à tant d'autres. Les pages correspondant au 25 de chaque mois dans Une feuille à la fois traitent aussi très directement de ce sujet.
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Les pas sur le sable

Il était une fois un humain qui rêvait... et dans ce rêve, il marchait le long d'une immense plage en compagnie du Grand Maître de la Vie. Comme tout son passé lui défilait sous les yeux, il aperçut sur la plage deux longues trainées d'empreintes s'étendant derrière lui jusqu'à l'infini : les siennes et celle de celui qui cheminait à ses côtés.

Ayant passé en revue sa vie tout entière, il se retourna encore une fois pour contempler le double ruban d'empreintes qui longeait la plage et, à sa stupéfaction, constata qu'à plusieurs reprises, on n'y voyait qu'une seule série de pas. Les endroits où la seconde série d'empeintes avait disparu correspondaient aux périodes les plus difficiles de sa vie.

Un peu déconcerté, il interrogea le Grand Maître : "Dis-moi, ne m'avais-tu pas dit que si je te suivais tu ne m'abandonnerais pas? Comment se fait-il qu'aux heures les plus sombres de ma vie il n'y a qu'une seule série d'empreintes sur le sable? Pourquoi m'as-tu abandonné aux moments où j'avais le plus besoin de toi."

Et le Grand Maître lui répondit : "Mon enfant, mon très précieux enfant, je t'aime et jamais je ne t'abandonnerai. Quand tu avais si mal et que la vie te semblait si difficile, si tu ne vois qu'une série de pas sur le sable, c'est que je te portais dans mes bras."

(J'ai adapté de l'anglais ce texte connu d'un auteur généralement considéré comme inconnu, mais qui pourrait bien être Mary Stevenson..)

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Le coup d'archet du maître

Il portait la marque des ans
Quand on le sortit du grenier
Et le petit violon usé
Se trouva offert à l'encan.
Dix francs, dix francs
Quinze, vingt, qui dit mieux
Vingt francs pour monsieur
Un violon pour vingt francs.

Trente francs, qui dit mieux
Trente francs une fois
Trente francs deux fois...
Paraît alors un petit vieux
Qui s'approche de l'instrument
L'essuie, retend les cordes
Les écoute vibrer, les accorde,
Et saisit l'archet de crin blanc.

La musique qu'on entendit
Était si pure et si magique
Si pleine de notes angéliques
Que, quand le vieil homme eut fini,
Les enchères du violon
Dans un climat soudain fébrile
Reprirent à cent, puis deux cent mille,
Cinq cent mille francs, puis un million.

Quand le violon fut adjugé
Deux millions net, archet compris
Sur les visages ébahis
On vit des larmes s'éponger
Quelques sceptiques demandèrent
Pourquoi le sublime instrument
N'avait mérité que dix francs
Avant que montent les enchères.

Le commissaire sans détour
Avoua étreint par l'émotion
Qu'à sa première évaluation
Il était complètement sourd
Mais la main de la providence
Et l'archet d'un maître avisé
Dans l'âme du violon usé
Avaient fait chanter le silence.

Il en va ainsi chez tous ceux
Que dévaluent les préjugés
À l'encan d'une société
Dont les exclus, pauvres ou vieux
Ont l'âme muette et meurtrie
Des violons de nos greniers
Et meurent injustement reniés
En proie à la mélancolie.

Mais qu'un virtuose incendiaire
Sur leur âme vienne déposer
Le crin blanc d'un ludique archet
Et ils brûlent d'un feu exemplaire
Tous ces violons et violoncelles
Qu'on croit pathétiques et muets
Alors que pour les allumer
Il suffisait d'une étincelle.

adaptation française de The Touch of the Master's Hand de Myra Brooks Welch, par D. Laguitton, 1999

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Miroir... miroir, qui dis-tu que je suis

Si te cherchant toi-même
Tu trouves la fortune
Et penses que l'on t'aime
Lorsque tu fais la une
Consulte le miroir
Entends ce qu'il te dit
L'ami qu'il te faut croire
S'y trouve réfléchi.

Tes lauriers faneront
Laisse-les sans regret
Et si tu es champion
Méfie-toi du succès
Car au bas de la page
Qui portera ton nom
Le seul éloge sage
Sera ta réflexion.

Tu peux tromper tes frères
Et briller parmi eux
Poursuivre des chimères
Jeter ta poudre aux yeux
Mais en dernier recours
Le spectacle fini
Trouveras-tu l'amour
En tes yeux réfléchi ?

Adaptation française par D. Laguitton de The guy in the glass, par Peter "Dale" Wimbrow (1934)

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Cette remarquable traduction du célèbre poème The Hound of Heaven, de Francis Thompson (1859-1907), est tirée d'un livre de Bernard Bro, dominicain, intitulé "Dieu seul est humain" (p.206 à 214) paru en 1973 aux éditions du Cerf à Paris (demandes répétées d'autorisation de citer restées sans réponse... traduction: cela nous est indifférent. Merci quand même.) The original English version is widely available on the Web.

Le lévrier du ciel


Je le fuyais
Je Le fuyais, au long des nuits, au long des jours;
Je Le fuyais, au long des arches des années;
Je Le fuyais au long des labyrinthes de mon propre esprit;
Et sous la bruine des larmes je me cachais de Lui ou bien sous un rire fou.
Je fonçais au galop dans des trouées d'espoir...
Je m'élançais tête baissée au profond de ténèbres géantes
Dans des abîmes de crainte...
Pour fuir ces pieds puissants qui me suivaient, qui me poursuivaient:
D'une poursuite sans hâte,
D'une allure imperturbable,
D'une vitesse calculée,
Avec une instance pleine de majesté,
Ils frappaient le sol, et une Voix frappait, plus instante encore que les pas:
_" Tout te trahit, toi qui Me trahis."

Je discutais
Tel un proscrit, je discutais
Devant mainte croisée du coeur, tendue de rouge,
Treillissée d'amours entrelacées.
(Car bien que je connusse Son amour qui me poursuivait,
Cependant j'étais douloureusement pénétré de la crainte
Que Le possédant, Lui,
Je ne dusse plus rien avoir à côté de Lui.)
Ah ! qu'une toute petite fenêtre vînt à s'ouvrir toute grande --
La bourrasque de Son approche la faisait claquer sur elle-même:
La crainte ne songerait pas à la fuite comme l'amour, Lui, s'acharne à la poursuite...
Je me mis alors à fuir par les marches du monde,
Je secouais les grilles d'or des étoiles,
Je frappais leurs barreaux sonores pour qu'elles me donnent un abri
Je provoquais à de doux entretiens d'un babillage argenté les havres pâles de la lune.
Je disais à l'aurore: " Dépêche-toi ! "
Et je disais au soir : " Viens vite!
Avec tes jeunes fleurs de ciel cache-moi tout à fait
Loin de ce terrible Amour...
Fais flotter tout autour de moi ton voile d'incertitude, de peur qu'Il ne me voie ! "
Je tentais ainsi Ses serviteurs, pour retrouver seulement la preuve
De ma propre trahison -- précisément dans leur fidélité --
Et dans leur foi en Lui leur indifférence envers moi,
Leurs vérités traîtresses et leurs loyales déceptions.
À toutes les choses rapides je faisais ma cour pour leur rapidité.
Je m'accrochais à la crinière sifflante de tous les vents
Qui dans leur course rapide balayaient les longues savanes de l'azur
Les effleurant doucement,
Ou bien qui -- chassés par le tonnerre --
Faisaient retentir Son char au travers d'un ciel
Éclaboussé d'éclairs qui volaient à la ronde sous les coups de leurs pieds.
La crainte ne croit guère à la fuite
Mais l'Amour, Lui, croit bien à la poursuite:
Encore et toujours, dans une chasse implacable,
D'une allure imperturbable,
D'une vitesse calculée,
Avec une instance pleine de majesté,
Venait toujours la poursuite de Ses pas
Et une Voix au-dessus de leurs battements me disait:
" Rien ne t'abrite, toi qui ne veux pas M'abriter. "

Dans ce cas, m'écriai-je, venez donc, vous, les autres enfants de la nature,
Venez partager avec moi votre amitié délicate:
Laissez-moi vous embrasser lèvre sur lèvre ;
Laissez-moi vous enlacer de caresses,
Jouer sans contrainte,
Au gré des tresses vagabondes de notre mère et dame;
Laissez-moi festoyer
Avec elle, dans son palais aux murs de vent
Sous la voûte de son dais d'azur --
Laissez-moi me désaltérer à longs traits à votre manière innocente,
Dans ce calice des pleurs lumineux qui perlent de l'aurore."
Ainsi fut fait.

Je fus un membre de leur tendre amitié:
Je tirai le verrou qui abritait les secrets de la nature.
Je sus lire tous les brusques changements dans les traits obstinés du ciel,
Je vis comment se lèvent tous les nuages
Écumes des ébrouements sauvages de la mer.
Avec tout ce qui naît ou meurt
Je me levai et je fanai tout ensemble,
J'en modelais mes propres états d'âme, tout à tour lamentables ou divins,
Avec eux j'étais en joie ou en pleine désolation,
Je déclinais avec le soir
Quand il allume, une à une, ses flammes vacillantes
Autour des dépouilles sacrées du jour...
J'éclatais de rire dans le yeux du matin.
Je triomphais et pis je m'attristais, au gré du temps.
Le ciel et moi, nous pleurions ensemble
Et ses larmes douces devenaient bien amères
Quand mes larmes de mortel se mêlaient à elles !
Contre le rythme rouge de son coeur au couchant,
J'allais poser mon propre coeur pour qu'il battît à l'unisson du sien
Et mêlât son feu au mien...
Mais tout cela, non, tout cela ne soulageait pas ma poignante douleur d'homme.
En vain mes larmes mouillaient-elles la joue grise du ciel,
Car hélas ! Nous ne savions pas ce que l'autre disait (ces choses et moi).
Le son, pour moi, c'était un langage,
Leur son, à elles, n'était que vibration ;
Au fond, leur langue, c'est le silence.
Ah! La nature, pauvre marâtre, ne peut pas étancher ma soif !
Mais si elle veut avoir des droits sur moi,
Qu'elle fasse alors tomber son lointain voile d'azur,
Et me montre enfin les mamelles de sa tendresse !
Pourtant jamais n'est tombée, comme une bénédiction,
Une goutte de son lait sur ma bouche assoiffée...

Tandis que de plus en plus proche,
Se resserrait la poursuite,
D'un pas imperturbable,
D'une vitesse calculée,
Avec une instance pleine de majesté,
Et par-dessus le bruit de ses pas
Une voix vient, plus rapide encore :
"Vois ! Rien ne te contente
Toi qui ne sais Me contenter."

Dépouillé, j'attends le dernier coup de Ton amour qui va me renverser !
Mon armure, pièce à pièce, Tu as su l'arracher :
D'un seul coup, voici, Tu m'as mis à genoux :
Me voilà sans défense aucune.
Je dormais, semble-t-il, et me voici réveillé.
Et reprenant doucement mes sens,
Je me retrouve comme dépouillé dans le sommeil.
Dans la brusque vigueur de mes jeunes puissances
J'ai secoué les colonnades des heures !
Et j'ai fait rouler sur moi toute ma vie.
Tout souillé je me trouve debout au milieu de la poussière des années écoulées.
Ma jeunesse déchiquetée gît morte sous leur amoncellement.
Mes jours ont pétillé comme des étincelles,
Et s'en sont allés comme de la fumée,
Ils se sont gonflés et ont crevé comme des bulles de lumière sur le flot d'un torrent.
Oui, maintenant, le rêve même trompe celui qui l'a rêvé.
Et le luth celui qui en jouait.
Maintenant même les harmonieuses fantaisies, dans la tresse fleurie desquelles je balançais la terre
Comme une breloque à mon poignet,
M'abandonnent : cordages trop faibles.
La terre est tellement surchargée avec ses lourdes tristesses !

Ah! Ton Amour, en vérité est-il une mauve herbe...
Mais une mauvaise herbe semblable à l'amarante
Qui ne laisse pousser aucune fleur autour d'elle sinon les siennes !
Ah! faut-il donc, Dessinateur infini !
Ah! faut-il donc que Tu carbonises entièrement le bois avant de pouvoir dessiner avec lui !
Ma jeunesse a répandu sa tremblante averse dans la poussière.
Et maintenant mon coeur n'est plus qu'un source brisée
Où stagnent les larmes sans cesse répandues,
À cause de mes pensées toutes grelottantes,
Sur les branches soupirantes de mon âme...

Voici ce qu'il en est... Que doit-il en sortir ?
Si la pulpe déjà se trouve si amère, de quel goût sera donc l'écorce ?
Je devine obscurément ce que le temps confond dans les brumes.
Et cependant de temps en temps un cor retentit
Des bastions cachés de l'Éternité ;
Les brouillards secoués se déplacent un instant
Puis laissent apparaître dans une demi-lumière
Des tours qu'ils effacent à nouveau doucement.
Et cependant, je n'ai pas encore aperçu
Celui qui dans l'ombre, revêtu de pourpre et couronné d'épines,
Répète ses sommations à grands cri de cor...
Je sais pourtant son nom et ce que chante son cor...
Si c'est le coeur de l'homme, ou sa vie,
Qui te fournissent la moisson, --faut-il que Tes champs
Soient d'abord engraissés des pourritures de la mort ?
Et maintenant voici que de cette longue poursuite
Arrive tout près de moi le bruit,
Et cette voix qui m'entoure comme une mer qui se brise :
" Ta terre est-elle donc si endommagée,
Si brisée en éclats comme des débris de poterie fracassée !
Vois ! -- Toutes choses te fuient
Parce que tu Me fuis ! "

Étrange, pitoyable, futile petite chose,
Comment voudrais-tu qu'un être te réserve une part d'amour
Car nul autre que Moi ne fait beaucoup de rien !
Tu sais bien que l'amour humain réclame quelque chose qui le mérite.
Eh bien ! Où sont tes mérites,
Toi de toute l'argile humaine coagulée la motte la plus vile ?
Hélas ! Vraiment tu ne sais pas combien peu digne tu es de tout amour !
Qui voudrais-tu trouver pour aimer ta bassesse
Sinon Moi, sinon Moi seul ?
Tout ce que je retirais de toi, je ne faisais que le prendre,
Non pour te faire du mal,
Mais seulement pour que tu puisses un jour le retrouver dans Mes bras.
Tout ce que ton coeur d'enfant imaginait à tout jamais perdu :
Lève-toi, --prends ma main, -- et viens !
Il s'arrête tout près de moi, ce pas :
Mes ténèbres, après tout, ne serait-ce pas
L'ombre de Sa main qui s'étend sur moi comme une caresse ?
" Ah! Mon enfant si aimé, si aveugle et si faible !
Je suis Celui que tu cherches
Tu repoussais l'amour, toi qui me repoussais. "

Francis Thompson
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