Bulletin Passage No 10 (2001)
PARLONS MONDIALISATION

Note to the bilingual reader: if you feel that an English translation of the texts below (some have already been translated) may be useful, and if you are willing to spare the time needed to help me with the translation, please do. (Insert as text within your e-mail or attach in RTF format).
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Table des matières

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Lapin, lapin, réveille-toi...

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"Quand les hommes vivront d'amour..." chante le troubadour d'aujourd'hui, "Si tous les gars du monde voulaient se donner la main...", fredonnait-il hier. La paix et l'harmonie entre tous les peuples de la Terre est un thème qui, en dépit de l'unanimité qu'il soulève, fait encore, en vertu des divergences entre ses modalités d'application, couler plus de sang que d'encre. Pourquoi donc tant d'opposition aux sommets sur la mondialisation comme celui de Seattle et celui qui va se tenir à Québec en avril 2001?

C'est qu'il y a "Mondialisation" et "mondialisation". La mondialisation dont il sera question revient à redéfinir le monde comme un vaste territoire de chasse trans-national où la seule règle est celle du plus fort, c'est-à-dire du plus grand prédateur. Chasse économique s'entend: nous en sommes les lapins et, reconnaissons-le, parfois aussi les chasseurs. Pas de quota, pas de quartier, pas de sanctuaires --sauf fiscaux évidemment pour abriter les profits--, on appelle complaisamment cela "faire face à la compétition" ou "s'adapter aux nouvelles règles du jeu"... et on déroule le tapis rouge devant les vandales et autres boulimiques corporatifs des temps modernes.

Sans aller très loin dans des détails qui donnent aux uns l'excuse de discuter secrètement de ce qui serait "trop complexe pour le commun des mortels" et aux autres celle de s'enfouir la tête dans le sable en pensant "c'est trop compliqué pour moi", il faut bien se rendre à l'évidence que le mot clé est ici: "consommation". Reste-t-il en effet un seul domaine où l'homme n'est pas réduit à l'état de simple consommateur ? Pour être juste il faut aussi se demander s'il en est un où il ne se comporte pas comme un goinfre insatiable, car c'est bien joli de pointer du doigt les méchantes corporations, mais qui donc les fait vivre en mordant allègrement à leur hameçon bien garni? En agro-alimentaire, le mot "consommateur" est évidemment prédisposé, ce qui n'en fait pas moins une atteinte à la dignité de la personne humaine. Que dire par contre du domaine de la culture où l'on se gave aujourd'hui d'audio- visuel, d'information et d'art mercantile alors que le propre de l'art est d'être un acte qui relie --un acte Mondialisant-- et non une denrée de consommation. Le domaine de la santé en pleine crise technocratique a, sans broncher, emboîté le pas, et le "patient" d'hier est devenu le "client" ou le "consommateur de soins et de pilules" d'aujourd'hui. J'en passe, mais le point où je voulais en venir est clair : si c'est cela la mondialisation, si cela consiste à élargir le réseau d'exploitation de l'homme comme consommateur et à en assouplir les contraintes, je dis NON, sans l'ombre d'une hésitation et j'oppose à ce rouleau compresseur avilissant la vision d'un monde où l'homme revenu à lui après un coma matérialiste réapprend avec William Blake à :

"Découvrir le Monde en un Grain de Sable
Voir s'ouvrir les Cieux dans la Fleur des Champs
Tenir l'Infini au creux de sa main
Et l'Éternité en quelques instants."

Voilà la Mondialisation à laquelle je crois et qui respecte l'intégrité de la planète et de TOUS ses habitants de quelque règne qu'ils soient.

Le pressentiment, l'intuition diraient certains, est l'instinct protecteur qui fait que, placé devant telle situation, tel lieu, tel comportement, on se sent bien ou, au contraire, on sent que quelque chose ne va pas. Regardons ce qui se va se passer à Québec du 20 au 22 avril 2001: 34 chefs d'États de toutes les nations d'Amérique --à une exception dont nous reparlerons-- vont se barricader derrière une enceinte concentrationnaire pour discuter de documents jusqu'ici secrets visant à établir une grande surface commerciale de la Terre de Baffin à la Terre de Feu. La prison située en banlieue de Québec a été vidée de ses occupants pour accueillir les contestataires. On aurait demandé aux compagnies de transport de ne pas louer leur véhicules à des groupes anti-mondialisation. On aurait incité les habitants de Québec à ne pas les héberger. On refoule les portes-parole de ces groupes aux frontières. La police s'entraîne au contrôle des foules en tenue de combat avec gaz lacrymogène et poivre de Cayenne... Pas mal pour un exercice démocratique ! Et pour revenir sur la nation exclue des discussions, Cuba, qu'est-il donc advenu du discours démagogique par lequel les grands démocrates justifiaient hier leurs missions économiques en Chine et ailleurs comme outils permettant d'exercer une influence sur les droits de l'homme... ? Quelle hypocrisie! Cuba n'a pas le réservoir de consommateurs de la Chine, on l'aura compris. "Deux sous de Tartuffisme moralisateur sur le dos de Cuba", se seront dit les stratèges, "nos électeurs seront impressionnés, et de toutes manières ils ne seront vraiment électeurs que dans quatre ans où on leur promettra la lune, pour l'instant ils sont consommateurs, élargissons d'un pôle à l'autre pâtures et garennes ..."

Je n'étais pas né lors de ce que l'histoire appelle la montée du fascisme en Europe, mais j'en ai assez vu les conséquences pour apprécier le prix incalculable qu'ont payé les générations de mes parents et grands parents pour ne pas avoir écouté leur intuition devant les manoeuvres des grands démagogues d'alors. Combien, de leur génération, auraient pu prendre à leur compte la boutade attribuée à un survivant de la seconde guerre mondiale : "Quand les Nazis sont allés de porte en porte arrêter les Polonais, je n'ai rien dit et je n'ai pas bougé le petit doigt pour les aider car je n'étais pas Polonais. Ils s'en prirent ensuite aux homosexuels et, là encore, je suis resté dans mon coin. Ce fut alors au tour des Juifs. Je n'ai toujours rien dit. Puis ils ont confisqué les armes et j'ai laissé faire. Les Nazis sont alors venus me chercher... et il ne restait personne pour me défendre." Martin Buber écrivait au sujet de l'apathie : "S'il y avait un Diable, ce ne serait pas celui qui s'est décidé contre Dieu, mais celui qui de toute éternité ne s'est jamais décidé" et, dans la même ligne de pensée, Elie Wiesel affirmait dans un discours prononcé à la Maison Blanche que la vraie nature du mal dans le monde est l'indifférence.

"Que puis-je faire?", "Je n'y puis rien" : ces mots si doux aux oreilles des prédateurs de tout poil sont les ferments masochistes de tout abus de pouvoir. Les manifestations d'opposition "en masse" sur les lieux mêmes de la rencontre seront évidemment les plus explicites, mais on peut aussi dénoncer le sommet de la honte des Amériques sans se rendre à Québec. Chacun, où qu'il soit, a le pouvoir de s'opposer aux fossoyeurs de la démocratie qui feront bonne chère ces jours-là dans la "Vieille capitale". Tout est dans l'attitude. S'informer est déjà un refus de l'abus de pouvoir. Écrire à la presse et aux élus en est un autre: "cher élu, je tiens à exprimer mon outrage devant le fond et la forme antidémocratiques des discussions pour une zone de libre exploitation des Amériques (ZLEA)...". Pour certains, se recueillir afin d'écouter la voix de la sagesse est un geste de souveraineté, de solidarité et d'affirmation. Une manifestation locale, un drapeau en berne, une conversation sérieuse avec un ami ou un voisin, une fleur à la boutonnière, un slogan, un bandeau noir en signe de deuil, qu'importe le geste --s'il est digne-- l'important est que l'indifférence soit vaincue. N'oublions pas les gestes concertés, ils sont généralement plus éloquents. Le pire geste face au sommet des Amériques est de n'en poser aucun.

Évidemment, la brique stupide qui fracassera peut-être une devanture sera à la une de tous les journaux télévisés ou imprimés. Condamnons-la d'avance. Mais condamnons aussi la plus grande violence de toutes : celle de dirigeants qui prétendent préparer notre avenir alors qu'ils mangent eux-mêmes dans la main de ceux qui ne veulent que l'exploiter.

Nous ne sommes ni des lapins à chasser, ni des oies à gaver, messieurs les mégalo-techno-démocrates, je refuse votre version sauvage de la mondialisation.

Daniel Laguitton
Sutton, Canada, 28/3/01

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Parlons mondialisation...

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Mettons-nous d'abord d'accord sur ce qu'on entend par "mondialisation". Il est question ici de la mondialisation des échanges commerciaux, c'est-à-dire du passage abrupt d'un monde traditionnellement composé d'États-Nations souverains à un monde qui sera peut-être toujours politiquement composé d'États-Nations à un niveau assez vague (ethnique, géographique, culturel, etc. et encore, c'est à voir, car l'uniformisation et le génocide culturel ne sont pas des vues de l'esprit) mais un monde qui sera englobé dans une sphère économique que l'on peut appeler transnationale dans la mesure où elle sera régie par des règles de nature économique qui, comme l'argent du proverbe, n'auront pas d'odeur, c'est-à-dire pas de couleur locale, culturelle, nationale, politique, etc. Bref, la mondialisation vise à donner au proverbe "les affaires sont les affaires" une portée universelle qui fera du monde un vaste champ de comptabilité froide, ne s'encombrant ni de scrupules, ni de valeurs morales, ni de sentiments. Un monde aussi dont l'humeur et les névroses des tireurs de ficelles se manifesteront collectivement dans ce qu'on appelle déjà "l'humeur des marchés" (traduction libre: humeur et caprices des grands joueurs compulsifs qui se livrent à leur jeu de monopoly favori en spéculant sur les titres boursiers).

Un parrallèle peut être fait avec la centralisation technocratique qui a déjà frappé les pays dits "développés", dans tous les domaines:

a) en agriculture, la petite entreprise y a virtuellement disparu car elle ne peut survivre à la "compétition" de l'agriculture intensive qui met la technologie au service de la quantité. Pas besoin d'entrer dans les détails ni d'avoir un MBA pour comprendre que l'industrie agro-alimentaire qui sort les fruits et légumes à la tonne à un coût moindre que le petit cultivateur, prend rapidement le contrôle du marché, force les prix à la baisse et tue la ferme familiale. À quel prix?: pratiques irresponsables au niveau de l'utilisation des sols qui mérite le nom de vandalisme, uniformisation des produits en aspect, en valeur nutritive, en saveur, pollution collatérale des cours d'eau et des nappes phréatiques, etc. Bof, le prix sur l'étiquette du super marché n'a pas à inclure les coûts de réparation des dégâts, quelle aubaine, des soldes en permanence, allons messieurs-dames, achetez les belles tomates calibrées... et possiblement trafiquées génétiquement, on n'a pas à vous le dire sur les étiquettes...

b) en élevage, même phénomène de promotion de la quantité aux dépens de la qualité. La vache folle et les bûchers de carcasses massacrées sont le résultat direct de l'élevage intensif. Ne parlons pas des conditions abjectes de traitement des animaux (poulet, veaux, porcs, dindes...) "poussés" de l'embryon à l'abattoir... Donc rien d'élogieux à dire à propos de la centralisation de l'élevage à l'échelle des nations... imaginons un instant ce qui se prépare quand des méga-cellules de production spécialisée auront à nourrir la planète...

c) dans le domaine de la pêche, il est plutôt difficile de faire l'éloge de la centralisation à l'échelle des pays ou des continents. L'exemple de la morue et des poissons de fond au Canada est une illustration parfaite des génocides résultant directement de la consommation à outrance, de la "rationalisation" des unités de pêche (quel nom aberrant pour ce qui est si irrationnel)... Le pêcheur artisanal a disparu en même temps que la morue et les autre espèces et on a peu à peu fermé les usines de transformation... La pisciculture transgénique (saumon, crevette) a pris la relève à grands renforts d'antibiotiques pour l'élevage de ces nouveaux "poulets de la mer"... Fruits de mer nourris à la moulée, à votre santé messieurs-dames!

d) dans le domaine des richesses naturelles (métaux, pétrole, gaz naturel, bois), la faim énergétique combinée à la frénésie industrielle qui alimente les populations en biens de consommation continue de vider la terre de ses gisements non-renouvelables: il n'y a pratiquement plus de mines ouvertes au Canada ni dans aucun pays industrialisé, les trous sont vides, les mineurs au chômage ou recyclés. La forêt boréale coupée à blanc est dans l'état où l'a décrite Richard Desjardins dans son film-choc "L'erreur boréale", et les maîtres tronçonneurs s'efforcent de liquider à tout prix (raison économique oblige!) les sanctuaires boisés ayant échappé à leurs lames... Les réserves naturelles s'ouvrent peu à peu à l'exploration pétrolière, des fois qu'on en aurait oublié, mais bof! pas de problème, on fera cela proprement... et puis on met au point de variétés d'arbres clonés à croissance rapide...

e) dans le domaine de la production des déchets, car ce qui rentre par un bout finit toujours par ressortir par l'autre, les dépotoirs sont pleins, il existe aujourd'hui un marché lucratif des ordures, et même un marché noir des ordures: on peut devenir plus facilement millionnaire non pas en trafiquant de l'or ou des diamants, mais en trafiquant de la merde: déchets radioactifs, médicaux, chimiques, pneus, etc.

f) dans le domaine de la pollution de l'eau, de l'air et de la terre, nous sommes en pleine croissance... Le trou dans la couche d'ozone, la fonte de la calotte polaire? Bof, des détails, des inventions des écologistes révolutionnaires, et de toutes manières on trouvera bien un truc, et puis c'est pas prouvé scientifiquement hors de tout doute que la planète se réchauffe...

g) dans le domaine de l'homme, les sociétés dites riches et convaincues d'avoir en main les secrets de la longévité sinon de l'immortalité connaissent des crises sans précédent de leurs systèmes de santé... mieux vaut-être riche et bien portant que pauvre et malade, disait le proverbe. Qu'en est-il d'être aujourd'hui riche et malade? Les sociétés sont en état de flux: dissolution des valeurs et rôles traditionnels, montée du taux de suicide, niveau de délinquance et de criminalité sans précédent... Bof! Si les juges étaient un peu plus sévères et si on augmentait le budget de la police, le problème serait réglé en un tour de main...

Évidemment, en critique acerbe, je ne mentionne pas les domaines où cela va très bien: L'indice Dow Jones a percé les 11000 points, les femmes vivent 81 ans en moyenne en Amérique, les ventes de billets de loterie croissent aussi vite que la pauvreté (y-aurait-il une petite corrélation par hasard?), le prix des digitaliseurs et des imprimantes d'ordinateurs sont incroyablement bas, et certaines grandes surfaces ouvrent un nouveau magasin tous les trois jours! Wow!

Bref, à quel prix la prospérité! La machine économique tourne sans que quiconque ait aujourd'hui le pouvoir de faire autre chose que de rivaliser d'adresse pour rester à bord et faire semblant de la maîtriser: un petit coup de taux d'intérêts réduits par ici, un petit coup de rationalisation par là, un licenciement massif par ici, une méga-fusion par là... Le réchauffement de la planète à cause des gaz à effet de serre... on n'est pas trop sûr, étudions encore... Un protocole de réduction symbolique des émissions de gaz à effet de serre... attendez, on se retire, notre économie n'y survivrait pas... Le pouvoir d'achat des super-consommateurs nord-américains a baissé depuis dix ans, signe s'il en est d'essoufflement de la machine à prospérité qui n'empêche pas les idéologues d'affirmer qu'il ne s'agit là que d'un un petit sacrifice pour la prospérité à long terme, une sorte de civisme de l'épopée capitaliste! N.B.: Ne pas confondre essoufflement de la consommation (qui globalement et écologiquement est une bonne nouvelle) avec paupérisation véritable des exclus de plus en plus nombreux d'une équation économique qui n'a pas à se préoccuper de ce genre de marginaux: est humain àpart entière pour le modèle dominant celui qui produit et consomme, les autres, ce sont les nouveaux païens de l'Église néo-libérale. On prie à la banque mondiale et au FMI pour qu'ils se "convertissent" et on fait d'ailleurs le chantage nécessaire pour qu'ils le fassent.

Mais revenons à la mondialisation, car tout ce charabia était seulement l'intro.

Le truc, c'est que le discours optimiste béat sur la mondialisation se situe toujours au niveau des arbres et pas de la forêt. Or, l'arbre cache souvent, on le sait, la forêt... dommage que ce n'est pas à ce type d'arbres qu'on s'attaque à la tronçonneuse au lieu de massacrer les forêts boréales ou équatoriales.

Les avares fournisseurs de biens et services ont soif. Les consommateurs des pays les plus développés, avares à leur niveau, sont gavés... il faut absolument élargir les marchés pour que la logique absurde de la croissance économique puisse continuer et pour éviter l'effondrement. Si les Chinois et les Russes et les Africains et les Sud-Américains pouvaient tous se mettre à acheter des bagnoles et des ordinateurs et des Wall-Marts et des Loblaws comme leurs confrères Nord-américains ou Européens, on pourrait encore faire semblant de croire à la croissance infinie pendant quelques décennies... On pourrait même se féliciter d'avoir produit des nouveaux-riches par millions (on est 6 milliards en tout, n'oublions pas) et le marché connaîtrait des jours et des jours d'indices boursiers en croissance et les tiroirs-caisses sonneraient joyeusement les plus grosses recettes de Noël de l'histoire, du pôle Nord au pôle Sud, en passant par le Méga-Wall-Mart équatorial où la ligne de l'équateur est tracée en rouge sur l'immense plancher en bois d'Amazonie, entre le rayon des bananes géantes à peau plastifiée antidérapante et celui des simulateurs de picnic en forêt synthétique...

Bon, assez pour les définitions et la mise en scène, passons aux questions.

Q1- La mondialisation n'est-elle pas un bon moyen de stimuler les économies des pays pauvres et donc d'y faire monter le niveau de vie et de tirer des gens de la pauvreté?

Absolument. Oublions l'image pessimiste qui vient d'être tracée de la forêt sociale et concentrons-nous de nouveau sur l'arbre doré de l'apparente prospérité. La mondialisation permettra effectivement à une foule de gens qui meurent aujourd'hui de faim et de misère à 35 ans, de mourir à 50 ans de cancer du poumon ou de dépression. De 35 à 50, cela fait quand même 15 années de plus pour rêver et je connais pas d'êtres humains qui refuseraient cette chance. Placé devant ce choix je ne pense pas que je résisterais à la carrotte de la prospérité matérialiste et je ne verrais pas d'un bon oeil le bien-nanti qui oserait critiquer ce choix. Comme l'expliquait le Président Fox du Mexique à Québec en avril 2001, les opposants à la mondialisation sont des enfants gâtés qui ne savent pas ce que c'est que d'être pauvre. Selon lui, des milliers de gens au Mexique auront accès aux bénéfices du plein emploi, à l'argent et à tout ce que l'argent achète et rend possible. Et le plus tragique dans tout cela est qu'il est sincère et qu'il a raison, Monsieur l'ancien président de Coca-Cola. Une question, par contre, à laquelle il n'a pas répondu est celle-ci: pendant combien de temps, Monsieur Fox, cette croissance euphorique peut-elle mathématiquement et écologiquement durer? Et après? Tant qu'on se situe à l'intérieur du paradigme capitaliste, c'est sûr que l'eldorado est quelque part au bord du chemin ou au moins potentiellement accessible par une extension du "rêve américain"... mais quand on voit les choses d'un peu plus haut, il est tout aussi certain que le désastre est notre destination si nous ne faisons qu'étendre l'empire de l'avoir. Alors c'est un choix: en profiter tant que cela dure ou sonner l'alarme pour remettre en cause un modèle insoutenable? À chacun de se situer face à ce choix. S'opposer à la mondialisation, ce n'est pas s'opposer à l'équité sociale ni à la décence, Monsieur Fox, c'est gratter le vernis doré du décor Hollywoodien pour y mettre en évidence qu'il est fait, en profondeur, de styrofoam.

Gandhi disait que la terre peut satisfaire tous nos besoins, pas tous nos appétits. Il est certain que l'humanité ne survivra pas sur cette trajectoire de la consommation irresponsable, la terre refusera tout simplement de tolérer à sa surface un prédateur de cette envergure. En termes moins lyriques pour les esprits plus cartésiens: la terre ne pourra pas soutenir indéfiniemnt la pression qu'elle subit de la part d'une méga économie fondée sur la nécessité de croissance continue de la consommation. C'est aussi simple que cela.

Pour ceux qui veulent creuser la question plus loin et qui comme Thomas veulent mettre le doigt dans la plaie, comment se fait-il que les dix ans de croissance économique sans précédent à la quelle on a assisté dans les pays développés ont aussi été marqués par une paupérisation sans précédent? Est-ce que cela veut dire qu'un jour la grande machine à mondialiser la prospérité finira aussi par mondialiser cette même pauvreté? J'en suis, pour ma part, absolument convaincu. La mondialisation économique est aussi un moyen d'instituer une dépendance physique et psychique de l'homme par rapport à des réseaux de production et de distribution délocalisés aux dépens de l'initiative, des ressources, et du génie local. Que la chaîne globale production-consommation connaisse un bris (et ce n'est pas difficile à imaginer), l'impact dévastateur des ratés de la machine économique globale aura un impact surmultiplié sur le sort de la multitude à qui elle avait pourtant promis la prospérité.

Q2- Ceux qui critiquent le système actuel n'ont-ils pas l'obligation de proposer un système de remplacement qui aurait fait ses preuves avant de chialer contre le capitalisme. Est-ce que le socialisme ou le communisme ont fait mieux?

Il est légitime pour le passager qui sait que le navire à bord duquel il se trouve est en train de couler, de crier "on coule", surtout quand on danse toujours inconsciemment en premièr classe! Et il est même tout à fait légitime de rabrouer le capitaine ivre qui a conduit le navire vers les récifs... sans oublier de s'en vouloir d'être à bord avec des ivrognes et d'avoir été trop longtemps complaisant envers leur soi-disant expertise à piloter... Qui donc peut exiger que le passager en question sorte, avant de pouvoir parler, une chaloupe de sauvetage de son chapeau? Et que dirait-on du capitaine ou du passager de ce navire qui s'objecterait à toute récrimination en disant que le Titanic a coulé et qu'on est mieux que le Titanic puisqu'on n'a pas encore rendu au fond?

Sans pouvoir concevoir rationnellement les mécanismes d'une société juste qui respecterait la terre et se développerait de manière plus harmonieuse, il est possible de faire l'inventaire de ce qui ne peut pas continuer. Et si l'on mettait le même effort à discuter honnêtement cet inventaire et à développer des alternatives nationales et supranationales qu'on en met à s'acharner à poursuivre une trajectoire condamnée d'avance, il est bien évident que des solutions prendraient forme. C'est St-Exupéry qui écrivait: "Dans la vie il n'y a pas de solutions, il y a des forces en marche. Il faut les créer et les solutions suivent..." Créer les forces en marche, voilà le défi de la révolution à faire, et elle commence devant la porte de chacun de ceux qui savent que c'est une question de vie ou de mort. Cesser d'attendre des solutions d'autrui, voilà le début des forces en marche. Penser globalement, agir localement, autre manière de faire sa révolution...

Q3- Puisqu'il n'y a pas d'alternative toute prête, le système en place doit continuer sous peine de chaos et d'anarchie.

Ce n'est pas une question, c'est une affirmation qui est effectivement très juste au niveau formel. Une société comme la notre dépend de ses institutions et il serait suicidaire de saborder les institutions avant d'en avoir établi de nouvelles. Mais il y a "continuer" et "continuer". On peut très bien continuer à conduire une voiture lorsque la lampe rouge du tableau de bord s'est allumée, dans certains cas c'est même une question de vie ou de mort. Mais on ne la conduit pas de la même façon, on abandonne les objectifs du voyage et la priorité devient de trouver un moyen de faire au plus tôt les réparations qui s'imposent. Les chauffeurs de la machine économique capitaliste ne veulent pas voir la lampe rouge et veulent au contraire faire comme s'ils pouvaient encore accélérer pour la faire s'éteindre puisque ce véhicule a la particularité de devoir toujours accélerer sans quoi la lampe rouge s'allume en signe de danger. Qu'on se mette bien cela dans la tête: nous acceptons chaque jour de voyager à bord d'un véhicule idéologique qui, par définition, n'a été conçu que pour accélérer. En d'autres termes, on est plutôt mal barrés... J'entends les magiciens du système contredire cette affirmation en donnant l'exemple des mesure prise pour éviter la surchauffe d'économies en ébullition, mais il ne s'agit que de mesure visant à réduire l'accélération, et jamais à remettre en question le postulat qui lie de manière indissociable accélération et santé économique.

J'ajouterai à cette réflexion les questions et réponses qui me passeront par la tête au fil des jours et des mois ou au hasard des conversations animées ou plus placides auxquelles je serai exposé à propos de la mondialisation des marchés qui, soit dit en passant est un fait accompli que les pays les plus développés cherchent à encadrer et à peaufiner (à contrôler) par des institutions et non une notion de science fiction que quelque esprit pervers chercherait à imposer.

Daniel Laguitton
Sutton, Canada, 28/4/01

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Des citoyens s'expriment sur la mondialisation

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Compte-rendu de la réunion de "libre-échange" démocratique tenue à l'école primaire de Sutton le samedi 21 avril 2001, de 19h30 à 21h30 au sujet des questions soulevées par le Sommet des Amériques qui se tenait au même moment à Québec.

Une trentaine de citoyens avaient répondu à l'invitation lancée (dans les deux langues officielles) dans la presse locale.

La soirée s'est déroulée en deux volets:

1- Pendant la première heure les participants répartis en cinq groupes (certains francophones, d'autres anglophones ou bilingues), puis revenus en session plénière, échangèrent sur le thème de la mondialisation. Chaque participant avait été invité à examiner les deux questions suivantes:
a) En quoi suis-je un agent direct ou indirect de la course à la mondialisation?
b) Comment puis-je contribuer à reprendre le contrôle du train fou [de la croissance liée à la consommation] pour éviter l'écrasement?

Le lien direct suggéré par ces deux questions entre "mode de vie", "consommation" et "croissance" fut élargi au cours des discussions pour inclure la "mondialisation" perçue comme une tentative d'extension du nombre de consommateurs dont les tenants du néo-libéralisme, oubliant qu'elle se fait aux dépens de ressources non renouvelables et pollue la planète, espèrent qu'elle donnera un sursis aux poumons d'une économie qui a structurellement besoin de croissance pour éviter l'asphyxie.

Revenus en session plénière, certains participants proposèrent diverses initiatives discutées en ateliers et qui portaient principalement sur une utilisation plus responsable des ressources locales dans l'esprit du "penser globalement et agir localement". Quelqu'un suggéra par exemple de demander au conseil municipal de se prononcer sur les enjeux de la globalisation et sur les actions locales proposées pour mettre en place des pratiques énergétiques plus responsables; un autre exprima son intention de mettre sur pied un réseau de partage de ressources comme le covoiturage et des échanges de biens et services, intention qui concrétisait la conviction manifestée par plusieurs participants qu'il est important de s'interroger sur ses propres pratiques et de prêcher par l'exemple; une participante suggéra qu'une économie non négligeable en énergie pourrait découler de l'utilisation de détecteurs de mouvement pour contrôler certains éclairages publics qui actuellement fonctionnent sans interruption toute la nuit; une autre souleva la question du gaspillage en électricité que représentent les guirlandes et autres éclairages de Noël qui restent en place pendant des mois ou même toute l'année, ce qui pourrait nécessiter un règlement municipal s'il n'y a pas coopération de la part des citoyens... La compétition érigée au statut de vertu civique dans le catéchisme néo-libéral fut aussi dénoncée au même titre que la consommation à outrance.

2- L'objectif de la seconde partie de la réunion était d'en arriver à un consensus au sujet du message que cette assemblée de citoyens interpellés par les enjeux et par la forme du Sommet des Amériques voulait faire passer aux élus. Une ébauche de résolution fut soumise à une discussion en cinq ateliers parallèles afin de proposer des amendements ou de soumettre une autre résolution une fois les participants revenus en assemblée plénière.

Plusieurs amendements furent adoptés, notamment au sujet de l'exclusion de l'air et de l'eau de tout accord ou protocole commercial transnational (article 4) et de l'interpellation du Député représentant le Comté Brome-Missisquoi à la Chambre des Communes, Monsieur Denis Paradis (article 5). Les participants décidèrent ensuite que la motion amendée serait soumise à la population locale pour qu'elle puisse l'endosser sous forme de pétition durant une période de 2 semaines avant d'être remise au député représentant la population locale à la Chambre des Communes d'Ottawa avec copie conforme aux gouvernements municipal et provincial et affichage sur Internet. La motion dont le texte suit (en français et en anglais) a donc été déposée pour signature du 23 avril au 5 mai à l'Hôtel de Ville de Sutton et dans quelques commerces et endroits publics de la municipalité.

À la fin de la réunion, plusieurs participants exprimèrent leur satisfaction d'avoir pu émettre leur opinion concernant la mondialisation et dirent espérer la multiplication de ce type d'initiatives où la volonté et les préoccupations de la population peut s'exprimer.

P.S.: Ce compte-rendu a été mis en circulation publique et envoyé à la presse imprimée de la région de de Sutton où résident la majorité des signataires de la résolution concernée. Il est aussi affiché sur internet à l'adresse www.granby.net/users/ctmx6244/pasg10.htm La résolution et les cent et quelques signatures qu'elle a reçues a été envoyée aux représentants élus et leur réponse (ou non-réponse) sera rendue publique.

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Résolution adoptée par une assemblée de citoyens
réunis à Sutton le 21 avril 2001 pendant le Sommet des Amériques

Considérant que gouverner c'est servir c'est-à-dire 1- écouter la population et toujours respecter dans cette écoute la dignité de la personne humaine; 2- tenir compte de ses besoins et des souhaits qu'elle formule concernant la manière dont elle entend organiser sa vie sociale et privée; 3- l'informer des décisions politiques proposées; 4- vérifier que la population les appuie; 5- prendre les décisions politiques entérinées par la population en tenant compte de l'existence d'opinions minoritaires;

Considérant qu'un vote majoritaire obtenu lors d'une élection ne donne pas aux élus carte blanche pour poursuivre des objectifs qui n'ont pas été soumis à un débat démocratique en profondeur;

Considérant que ceux à qui une majorité a accordé sa confiance pour servir politiquement la population canadienne n'ont jamais obtenu le mandat d'ériger les principes du capitalisme sauvage au rang de valeurs supranationales en accordant des privilèges ou statuts supranationaux à des corporations dont la seule raison d'être est d'exploiter l'homme en le réduisant au rang de consommateur;

Considérant que les conséquence écologiques et sociales des politiques néolibérales en matière de commerce international sont déjà suffisamment graves pour que le bon sens dicte un moratoire sur toute expansion du modèle économique dominant et donc aussi sur toute expansion des accords de libre échange:

Nous soussignés, citoyens et citoyennes de la grande région de Sutton, réunis en assemblée démocratique le 21 avril 2001, avons adopté la résolution suivante :

1- Nous désirons signifier au gouvernement canadien notre indignation profonde de voir les gouvernants élus pour servir la population abuser de leur mandat pour tenter d'imposer sans débat démocratique l'institutionnalisation de pratiques commerciales transnationales dont l'impact désastreux sur l'environnement, la santé, les droits ancestraux et le mode de vie traditionnel des populations est depuis longtemps évident à l'échelle continentale avant même qu'elles soient élargies à l'échelle de la planète;

2- Nous tenons à exprimer le sentiment d'outrage que nous avons ressenti devant la forme anti-démocratique du sommet des Amériques tenu à Québec du 20 au 22 avril 2001 derrière un mur de silence, de police et de béton;

3- Nous demandons qu'aucun nouvel accord ou protocole de libre-échange ne soit signé sans avoir préalablement fait l'objet d'un référendum ou d'une élection dont il serait l'enjeu principal;

4- Nous demandons que la notion de souveraineté territoriale soit explicitement étendue pour que l'eau et l'air soient protégés de toute tentative d'en faire des denrées sujettes à des transactions commerciales transnationales et que leur contamination soit reconnue comme une atteinte à la souveraineté de l'État;

5- Nous demandons que la population soit complètement et honnêtement informée de tout projet politique visant à établir des accords ou des institutions nationales ou supranationales ayant juridiction sur les pratiques commerciales et qu'elle ait l'occasion de participer de manière démocratique à la réflexion nécessaire à leur élaboration; à ce titre nous demandons au député de Brome-Missisquoi qui nous représente à la Chambre des Communes, Monsieur Denis Paradis, de faire connaître à la population sur quelle base idéologique il la représente concernant les questions soulevées par le Sommet des Amériques;

6- Nous tiendrons les élus politiquement et juridiquement responsables des conséquences écologiques, sociales et culturelles de toute décision prise sans notre participation directe à son élaboration et sans notre accord explicite avant sa signature.

Adopté à Sutton, le 21 avril 2001

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Citizens speak up on globalization

Note: © D. Laguitton
The courtesy of a request to reprint is expected and will be appreciated:
d_lag@granby.net
Please use reference www.granby.net/ users/ctmx6244/pasg10.htm Thank you.

Summary proceedings of the democratic meeting held at the Sutton Elementary School on April 21, 2001, from 7:30 to 9:30 PM, to discuss issues related to the Summit of the Americas held the same day in Quebec-City.

The meeting had been advertized in the local newspapers (in French and in English) and about thirty citizens convened in the cafeteria of the Sutton Elementary School.

1- During the first half of the meeting, the participants formed 5 groups (some French-speaking, some English-speaking and some bilingual) to explore two questions: a) How am I a direct perpetrator of or a passive contributor to the economic globalisation? b) How can I contribute to re-gaining control of the mad train [of economic growth through increased consumption] if we want to avoid a crash?

After sharing their views in parallel groups, the participants returned to a plenary sessions to sum-up their findings.

The link that is implied in both questions between "growth" and "consumption" was extended to include "globalisation" which is the way by which the neo-liberal technocrats hope to increase the number of consumers to give an extra lease on life to the dominant economic model. Obviously, such a scheme conveniently ignores that any expansion of a model that is already unsustainable will accelerate the exhaustion of non-renewable resources and the pollution of the environment.

Several participants advocated various ways to "think globally and act locally" by using local resources more responsibly.

Someone proposed to ask the municipal council to take a stance on globalization and to propose a plan for local energy management. Another offered to start a local car-pooling and bartering network; most supported a suggestion that self-examination and preaching by example through personal initiatives must take precedence of telling others what to do. It was suggested that substantial energy savings could result from installing movement sensors on some public lights instead of using electricity all night. Letting Christmas lights operate for several months after the holiday season and sometimes year-round was pinpointed as a blatant waste of energy that might require a specific by-law. Competition, raised to the status of civic virtue in the neo-liberal catechism was also denounced as the siamese twin of consumerism.

2- The second half of the meeting dealt with the message that would best express the participants thoughts and feelings to their elected representatives. A draft motion was tabled to be discussed in five parallel round-tables in order to propose amendments or to redraft it entirely. Several amendments were adopted in the final plenary session and a clause was added asking that air and water be protected from any transnational trade agreements or protocols (article 4); it was also decided to directly address the local M.P. in article 5. It was futher decided that this motion would be made available to the population as a petition during a two-week period and subsequently sent to the MP for Brome-Missisquoi, Mr. Denis Paradis. Copy will also be sent to the municipal and provincial levels of government and posted on the web.

The motion whose text follows (passed in both official languages) has been left for public consultation and endorsement from April 23 to May 5 at the Sutton City Hall and in local businesses and public locations.

At the end of the meeting, several participants expressed their satisfaction to have voiced their views on globalization and wished that similar initiatives could take place in other municipalities.

P.S.: This narrative has been released publicly and sent to the local newspapers. It is also posted on internet at www.granby.net/users/ctmx6244/pasg10.htm The resolution and its one hundred and some signatures has been sent to the local elected representatives at the 3 levels of government and their response (or a statement on the lack thereof) will also be made public.

Motion adopted by an assembly of citizens
in Sutton on April 21, 2001, during the Summit of the Americas

Considering that to govern is to serve, i.e. 1- to listen to the people in an attitude of respect for the dignity of the human being; 2- to take into consideration their needs and wishes concerning the way they want to organize their social and private life; 3- to keep them informed of contemplated political decisions; 4- to ensure that such decisions are supported by the people; 5- to take such political decisions as supported by the population and to take into account the existence of minority opinions;

Considering that a majority vote won during an election does not constitute a blank check to pursue objectives that have not been democratically debated in depth before that election;

Considering that those currently entrusted by a majority vote to serve as political representatives of the people of Canada have never been given a mandate to promote the principles of wild capitalism to the rank of supranational values by granting privileges or supranational status to corporations whose only goal is to reduce individuals to the status of mere consumer in order to exploit them;

Considering that the adverse ecological and social consequences of neo-liberal practices in international trade are serious enough for common sense to dictate a moratorium on any expansion of the dominant economic model and therefore also of current free-trade agreements;

We, the undersigned, citizen of Sutton and of the surrounding area, gathered in a democratic assembly on April 21 2001, have adopted the following motion :

1- We want to express to the Canadian government our profound indignation at the abuse of the mandate given to those who have been elected to serve the population, not to try to impose the institutionalization of transnational trade practices whose negative impact on the environment, the health and the traditional rights and ways of life of the population is already obvious at the continental level and can only get worse if they are extended worldwide;

2- We want to express our sense of outrage at the anti-democratic form of the Summit of the Americas held in Quebec City on April 20 to 22 behind a wall of silence, police, and concrete;

3- We ask that no new free-trade agreement be signed without having been first submitted to a referendum or to a general election in which it would constitute the central theme;

4- We ask that the concept of territorial sovereignty be explicitly extended to protect water and air from any attempt to treat them as commodities subject to transnational trade and that their contamination be recognized as an infringment on national sovereignty;

5- We ask that the population be fully and honestly informed and democratically consulted throughout any reflection and decision process leading to any proposed political or economical agreement or institution designed to regulate national or supranational trade practices; in that respect, we ask the deputy of Brome- Missisquoi at the Canadian Parliament, Mr. Denis Paradis, to let the population he represents know on what ideological platform he does so regarding the questions raised by the Summit of The Americas;

6- We will hold our elected representatives politically and legally responsible for the ecological, social and cultural consequences of any decision they may take without seeking our direct involvement in its development and our explicit endorsement before its approval.

Adopted in Sutton, on April 21, 2001

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Une réponse au 11 septembre 2001

La Déclaration Universelle des devoirs de l'homme envers l'homme

Alors que je réfléchissais à la tragédie de New-York et de Washington et au sentiment d'horreur qu'elle a soulevé dans nos esprits pourtant si accoutumés à la violence, un texte s'est imposé à moi qui peut servir de toile de fond à toute considération ou jugement sur ce qui s'est passé le 11 septembre.

Son historique est simple: le 25 avril 1945, les délégués de 50 "peace loving nations" (nations pacifiques) se réunissaient à l'opéra de San Francisco pour la Conférence des Nations Unies sur l'organisation internationale et adoptaient la Charte des Nations Unies qu'ils signaient le lendemain dans l'auditorium d'un immeuble dédié à la mémoire des anciens combattants.
Le 24 Octobre 1945 l'Organisation des Nations Unies était formellement établie et sa Charte ratifiée. Le 10 janvier 1946, la première assemblée des nations unies se tenait au Central Hall de Westminster, à Londres.

Le texte qui me semble pouvoir éclairer ces jours pleins d'incertitude et d'interrogation est le code de conduite que l'humanité ébranlée par les images d'Auschwitz, d'Hiroshima et de Nagasaki et par le décompte des millions de morts de la seconde guerre mondiale avait résolu d'adopter pour cultiver l'harmonie entre hommes de bonne volonté qui croyaient avoir enfin compris l'absurdité des guerres. Force nous est de constater que les nations qui s'affirmaient "pacifiques" alors que les ruines visibles de la guerre s'étalaient à leurs yeux sont loin d'avoir mis en pratique leurs bonnes intentions pourtant forgées au feu terrifiant de l'enfer. Ce texte intitulé Déclaration universelle des droits de l'homme fut adopté par l Assemblée générale des Nations Unies dans sa résolution 217 A (III) du 10 décembre 1948. Je suggère, pour des raisons que je vais tenter de clarifier, qu'il soit ressorti de ses oubliettes et rebaptisé Déclaration universelle des devoirs de l'homme envers l'homme.

Examinons-en d'abord le Préambule, cette série d'énoncés fondamentaux sur lesquels s'appuie la déclaration:

Considérant que la reconnaissance de la dignité inhérente à tous les membres de la famille humaine et de leurs droits égaux et inaliénables constitue le fondement de la liberté, de la justice et de la paix dans le monde.

Considérant que la méconnaissance et le mépris des droits de l'homme ont conduit à des actes de barbarie qui révoltent la conscience de l'humanité et que l'avènement d'un monde où les êtres humains seront libres de parler et de croire, libérés de la terreur et de la misère, a été proclamé comme la plus haute aspiration de l'homme.

Considérant qu'il est essentiel que les droits de l'homme soient protégés par un régime de droit pour que l'homme ne soit pas contraint, en suprême recours, à la révolte contre la tyrannie et l'oppression.

Considérant qu'il est essentiel d'encourager le développement de relations amicales entre nations.

Considérant que dans la Charte les peuples des Nations Unies ont proclamé à nouveau leur foi dans les droits fondamentaux de l'homme, dans la dignité et la valeur de la personne humaine, dans l'égalité des droits des hommes et des femmes, et qu'ils se sont déclarés résolus à favoriser le progrès social et à instaurer de meilleures conditions de vie dans une liberté plus grande.

Considérant que les Etats Membres se sont engagés à assurer, en coopération avec l'Organisation des Nations Unies, le respect universel et effectif des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Considérant qu'une conception commune de ces droits et libertés est de la plus haute importance pour remplir pleinement cet engagement.

L'Assemblée Générale proclame la présente Déclaration Universelle des Droits de l'Homme comme l'idéal commun à atteindre par tous les peuples et toutes les nations afin que tous les individus et tous les organes de la société, ayant cette Déclaration constamment à l'esprit, s'efforcent, par l'enseignement et l'éducation, de développer le respect de ces droits et libertés et d'en assurer, par des mesures progressives d'ordre national et international, la reconnaissance et l'application universelles et effectives, tant parmi les populations des Etats Membres eux-mêmes que parmi celles des territoires placés sous leur juridiction.

Avant d'examiner les trente articles de la déclaration, récapitulons les principes incontournables du préambule:

La première constatation que j'ai faite en lisant que "chacun devrait avoir cette Déclaration constamment à l'esprit et s'efforcer d'en assurer la reconnaissance et l'application universelles par l'enseignement et l'éducation", est l'incroyable surdité (ab-surdité?) des systèmes d'enseignement et d'éducation à cette supplique. Je n'avais pas encore deux ans lorsque cette déclaration fut solennellement adoptée, fin 1948. J'en ai aujourd'hui 54, et la moitié de ces années a été consacrée à des études formelles tandis que l'autre s'est passée dans un contexte d'éducation, de réflexion et de recherche. C'est dire ma stupéfaction et mon incrédulité devant le fait qu'en dépit de tous les diplômes qu'on a pu m'accorder pour certifier cette éducation, il aura fallu le choc des images d'apocalypse de New-York pour que je lise pour la première fois la Déclaration universelle des droits de l'homme dans son intégralité! Je n'en suis pas fier, considérant que, chez les hommes de bonne volonté, il ne devrait pas être permis d'obtenir un diplôme, de choisir une profession, de conduire une voiture, de toucher un salaire, de se marier, de manier des armes à feu, ni de se livrer à quelque autre activité reliée au statut de membre adulte d'une société civilisée, sans pouvoir réciter par coeur la Déclaration Universelle des droits de l'homme et sans avoir longuement médité sur ses implications et sur les devoirs qui en découlent. Doit-on s'étonner que l'homme attaché à l'avoir comme un drogué à sa drogue soit si empressé de réclamer le respect des droits qu'il affirme "avoir" et oublie que l'objectif implicite de toute charte des droits et libertés est d'énoncer les devoirs qu'il a de respecter les droits identiques de ceux avec lesquels il partage un espace de vie aujourd'hui planétaire ? La règle d'or, héritée de sagesses ancestrales, nous rappelle l'importance d'accorder aux autres les droits dont on souhaite jouir. Ce changement d'optique est difficile car il exige que nous nous désintoxiquions d'abord de notre avarice de droits et libertés pour devenir disponibles à l'écoute des besoins de l'autre et à une véritable relation avec lui sur le mode de l'être.

Examinons maintenant les 30 articles de cette "déclaration universelle des droits de l'autre". Pour stimuler la réflexion, j'y ai inséré quelques questions qui me semblent particulièrement criantes.

Article premier
Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité.

(Question: "Est-ce que je reconnais, en actes, la liberté et l'égalité en dignité et en droits de mon prochain, est-ce que j'interagis avec lui dans un esprit de fraternité?")

Article 2
1. Chacun peut se prévaloir de tous les droits et de toutes les libertés proclamés dans la présente Déclaration, sans distinction aucune, notamment de race, de couleur, de sexe, de langue, de religion, d'opinion politique ou de toute autre opinion, d'origine nationale ou sociale, de fortune, de naissance ou de toute autre situation.
2. De plus, il ne sera fait aucune distinction fondée sur le statut politique, juridique ou international du pays ou du territoire dont une personne est ressortissante, que ce pays ou territoire soit indépendant, sous tutelle, non autonome ou soumis à une limitation quelconque de souveraineté.

(Question: "aujourd'hui, comment se porte ma xénophobie?")

Article 3
Tout individu a droit à la vie, à la liberté et à la sûreté de sa personne.

(Question: Faut-il préciser ...et à l'eau potable? Sur les 6 milliards d'habitants de la planète, combien peuvent affirmer que leur droit à la vie, à la liberté et à la sécurité est respecté?)

Article 4
Nul ne sera tenu en esclavage ni en servitude; l'esclavage et la traite des esclaves sont interdits sous toutes leurs formes.

(Question: Quels esclaves lointains tissent aujourd'hui le vêtement bon marché que j'achèterai demain?)

Article 5
Nul ne sera soumis à la torture, ni à des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants.

(Question: Quand ai-je lu le dernier rapport d'Amnistie Internationale?)

Article 6
Chacun a le droit à la reconnaissance en tous lieux de sa personnalité juridique.

(Question: Combien sont morts dans les ruines du World Trade Centre et du Pentagone, en Palestine, en Israël et ailleurs dans le monde, sommairement condamnés à mort, sans jugement, sans personnalité juridique reconnue?)

Article 7
Tous sont égaux devant la loi et ont droit sans distinction à une égale protection de la loi. Tous ont droit à une protection égale contre toute discrimination qui violerait la présente Déclaration et contre toute provocation à une telle discrimination.

Article 8
Toute personne a droit à un recours effectif devant les juridictions nationales compétentes contre les actes violant les droits fondamentaux qui lui sont reconnus par la constitution ou par la loi.

(Question posée par des millions de réfugiés: Où sont la nation et les juridictions nationales compétentes?)

Article 9
Nul ne peut être arbitrairement arrêté, détenu ou exilé.

Article 10
Toute personne a droit, en pleine égalité, à ce que sa cause soit entendue équitablement et publiquement par un tribunal indépendant et impartial, qui décidera, soit de ses droits et obligations, soit du bien-fondé de toute accusation en matière pénale dirigée contre elle.

Article 11
1. Toute personne accusée d'un acte délictueux est présumée innocente jusqu'à ce que sa culpabilité ait été légalement établie au cours d'un procès public où toutes les garanties nécessaires à sa défense lui auront été assurées.
2. Nul ne sera condamné pour des actions ou omissions qui, au moment où elles ont été commises, ne constituaient pas un acte délictueux d'après le droit national ou international. De même, il ne sera infligé aucune peine plus forte que celle qui était applicable au moment où l'acte délictueux a été commis.

Article 12
Nul ne sera l'objet d'immixtions arbitraires dans sa vie privée, sa famille, son domicile ou sa correspondance, ni d'atteintes à son honneur et à sa réputation. Toute personne a droit à la protection de la loi contre de telles immixtions ou de telles atteintes.

Article 13
1. Toute personne a le droit de circuler librement et de choisir sa résidence à l'intérieur d'un Etat.
2. Toute personne a le droit de quitter tout pays, y compris le sien, et de revenir dans son pays.

Article 14
1. Devant la persécution, toute personne a le droit de chercher asile et de bénéficier de l'asile en d'autres pays.
2. Ce droit ne peut être invoqué dans le cas de poursuites réellement fondées sur un crime de droit commun ou sur des agissements contraires aux buts et aux principes des Nations Unies.

Article 15
1. Tout individu a droit à une nationalité.
2. Nul ne peut être arbitrairement privé de sa nationalité, ni du droit de changer de nationalité.

Article 16
1. A partir de l'âge nubile, l'homme et la femme, sans aucune restriction quant à la race, la nationalité ou la religion, ont le droit de se marier et de fonder une famille. Ils ont des droits égaux au regard du mariage, durant le mariage et lors de sa dissolution.
2. Le mariage ne peut être conclu qu'avec le libre et plein consentement des futurs époux.
3. La famille est l'élément naturel et fondamental de la société et a droit à la protection de la société et de l'Etat.

Article 17
1. Toute personne, aussi bien seule qu'en collectivité, a droit à la propriété.
2. Nul ne peut être arbitrairement privé de sa propriété.

(Citation de Gandhi éclairant la question de propriété: "La terre peut satisfaire tous nos besoins mais pas toute notre cupidité")

Article 18
Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction seule ou en commun, tant en public qu'en privé, par l'enseignement, les pratiques, le culte et l'accomplissement des rites.

Article 19
Tout individu a droit à la liberté d'opinion et d'expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d'expression que ce soit.

Article 20
1. Toute personne a droit à la liberté de réunion et d'association pacifiques.
2. Nul ne peut être obligé de faire partie d'une association.

Article 21
1. Toute personne a le droit de prendre part à la direction des affaires publiques de son pays, soit directement, soit par l'intermédiaire de représentants librement choisis.
2. Toute personne a droit à accéder, dans des conditions d'égalité, aux fonctions publiques de son pays.
3. La volonté du peuple est le fondement de l'autorité des pouvoirs publics; cette volonté doit s'exprimer par des élections honnêtes qui doivent avoir lieu périodiquement, au suffrage universel égal et au vote secret ou suivant une procédure équivalente assurant la liberté du vote.

(Autre manière de le dire: Nos dirigeants ne sont que des serviteurs de confiance; gouverner, c'est servir)

Article 22
Toute personne, en tant que membre de la société, a droit à la sécurité sociale; elle est fondée à obtenir la satisfaction des droits économiques, sociaux et culturels indispensables à sa dignité et au libre développement de sa personnalité, grâce à l'effort national et à la coopération internationale, compte tenu de l'organisation et des ressources de chaque pays.

Article 23
1. Toute personne a droit au travail, au libre choix de son travail, à des conditions équitables et satisfaisantes de travail et à la protection contre le chômage.
2. Tous ont droit, sans aucune discrimination, à un salaire égal pour un travail égal.
3. Quiconque travaille a droit à une rémunération équitable et satisfaisante lui assurant ainsi qu'à sa famille une existence conforme à la dignité humaine et complétée, s'il y a lieu, par tous autres moyens de protection sociale.
4. Toute personne a le droit de fonder avec d'autres des syndicats et de s'affilier à des syndicats pour la défense de ses intérêts.

Article 24
Toute personne a droit au repos et aux loisirs et notamment à une limitation raisonnable de la durée du travail et à des congés payés périodiques.

Article 25
1. Toute personne a droit à un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé, son bien-être et ceux de sa famille, notamment pour l'alimentation, l'habillement, le logement, les soins médicaux ainsi que pour les services sociaux nécessaires ; elle a droit à la sécurité en cas de chômage, de maladie, d'invalidité, de veuvage, de vieillesse ou dans les autres cas de perte de ses moyens de subsistance par suite de circonstances indépendantes de sa volonté.
2. La maternité et l'enfance ont droit à une aide et à une assistance spéciales. Tous les enfants, qu'ils soient nés dans le mariage ou hors mariage, jouissent de la même protection sociale.

Article 26
1. Toute personne a droit à l'éducation. L'éducation doit être gratuite, au moins en ce qui concerne l'enseignement élémentaire et fondamental. L'enseignement élémentaire est obligatoire. L'enseignement technique et professionnel doit être généralisé ; l'accès aux études supérieures doit être ouvert en pleine égalité à tous en fonction de leur mérite.
2. L'éducation doit viser au plein épanouissement de la personnalité humaine et au renforcement du respect des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle doit favoriser la compréhension, la tolérance et l'amitié entre toutes les nations et tous les groupes raciaux ou religieux, ainsi que le développement des activités des Nations Unies pour le maintien de la paix.
3. Les parents ont, par priorité, le droit de choisir le genre d'éducation à donner à leurs enfants.

Article 27
1. Toute personne a le droit de prendre part librement à la vie culturelle de la communauté, de jouir des arts et de participer au progrès scientifique et aux bienfaits qui en résultent.
2. Chacun a droit à la protection des intérêts moraux et matériels découlant de toute production scientifique, littéraire ou artistique dont il est l'auteur.

Article 28
Toute personne a droit à ce que règne, sur le plan social et sur le plan international, un ordre tel que les droits et libertés énoncés dans la présente Déclaration puissent y trouver plein effet.

Article 29
1. L'individu a des devoirs envers la communauté dans laquelle seul le libre et plein développement de sa personnalité est possible.
2. Dans l'exercice de ses droits et dans la jouissance de ses libertés, chacun n'est soumis qu'aux limitations établies par la loi exclusivement en vue d'assurer la reconnaissance et le respect des droits et libertés d'autrui et afin de satisfaire aux justes exigences de la morale, de l'ordre public et du bien-être général dans une société démocratique.
3. Ces droits et libertés ne pourront, en aucun cas, s'exercer contrairement aux buts et aux principes des Nations Unies.

(Question: qui oserait contester la réduction de ses libertés individuelles par des mesures destinées à assurer la sécurité collective dans l'avion où il veut voyager?)

Article 30
Aucune disposition de la présente Déclaration ne peut être interprétée comme impliquant pour un Etat, un groupement ou un individu un droit quelconque de se livrer à une activité ou d'accomplir un acte visant à la destruction des droits et libertés qui y sont énoncés.

J'aimerais conclure par quelques questions au lecteur de cette déclaration solennelle inspirée en 1948 aux hommes de bonne volonté de plus de 50 nations par le cauchemard dont l'humanité émergeait à peine en comptant ses morts par millions:
L'aviez vous lue ? Si non, pourquoi, si oui, l'avez-vous constamment à l'esprit ? Ne pensez-vous pas que le statut d'adulte majeur devrait comporter l'exigence de la connaître par coeur et de s'engager solennellement devant ses pairs à la mettre en pratique en assumant les devoirs qui en découlent de respecter chez son prochain des droits identiques à ceux dont on prétend vouloir jouir ? Il y a loin de la coupe aux lèvres. Que chacun applique les principes de cette déclaration écrites en lettres de sang et la paix règnera sur terre entre individus et nations de bonne volonté.

(On peut se procurer une copie de la Déclaration universelle des droits de l'homme sur Internet à l'adresse http://www.unhchr.ch/udhr/lang/frn.htm ou en écrivant à ses représentants élus et, par la même occasion, en les invitant à la lire ou relire et à l'avoir constamment à l'esprit.)

Daniel Laguitton
Sutton, Qc, Canada
Septembre 2001

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A response to September 11, 2001

The Universal Declaration of Human Duties

As I was reflecting on the September 11 events, still under shock at the horror and scale of the human tragedy, I was struck by the fact that most answers to questions raised by such a horrendous act can be found in a text I had never read before in its entirety.

The history of that document is simple: on April 25, 1945, delegates from 50 "peace loving nations" attended the United Nations conference on international organization at the San Francisco Opera and signed, the following day, the United Nations Charter in the auditorium of a building dedicated to war veterans.
On October 24, 1945, the United Nations Organization was formally established and its Charter ratified. On January 10, 1946, the first Assembly of the United Nations was held in the Central Hall of Westminster, in London.

The text I am referring to, which sheds light in our days of uncertainty and questioning, is the code of conduct adopted immediately after the second World War by men and nations of good will still haunted by the images of Auschwitz, Hiroshima and Nagasaki on behalf of a humanity that was still counting its dead. The goal of that document was to foster harmony among nations convinced of the absurdity of war. As we shall see, the very nations that the ruins of their cities incited to unite as "peace loving nations", have, to a large extent, failed to put their words into practice, even if their good intentions had been wrought in the fire of hell. The Universal Declaration of Human Rights was ratified by the General Assembly of the United Nations in its resolution 217 A (III) on December 10, 1948. For reasons that will become clear, September 11, 2001 invites us to dust this document off of its shelf and to rename it "Universal Declaration of Human Duties".

Let us first examine the preamble, this enumeration of fundamental values on which the entire declaration rests.

Whereas recognition of the inherent dignity and of the equal and inalienable rights of all members of the human family is the foundation of freedom, justice and peace in the world,

Whereas disregard and contempt for human rights have resulted in barbarous acts which have outraged the conscience of mankind, and the advent of a world in which human beings shall enjoy freedom of speech and belief and freedom from fear and want has been proclaimed as the highest aspiration of the common people,

Whereas it is essential, if man is not to be compelled to have recourse, as a last resort, to rebellion against tyranny and oppression, that human rights should be protected by the rule of law,

Whereas it is essential to promote the development of friendly relations between nations,

Whereas the peoples of the United Nations have in the Charter reaffirmed their faith in fundamental human rights, in the dignity and worth of the human person and in the equal rights of men and women and have determined to promote social progress and better standards of life in larger freedom, .

Whereas Member States have pledged themselves to achieve, in cooperation with the United Nations, the promotion of universal respect for and observance of human rights and fundamental freedoms,

Whereas a common understanding of these rights and freedoms is of the greatest importance for the full realization of this pledge,

Now, therefore, The General Assembly, Proclaims this Universal Declaration of Human Rights as a common standard of achievement for all peoples and all nations, to the end that every individual and every organ of society, keeping this Declaration constantly in mind, shall strive by teaching and education to promote respect for these rights and freedoms and by progressive measures, national and international, to secure their universal and effective recognition and observance, both among the peoples of Member States themselves and among the peoples of territories under their jurisdiction.

Before proceeding to read the 30 articles of the declaration, a summary of the basic principles expressed in the preamble is in order:

My immediate reaction, as I read that "every individual and every organ of society, keeping this Declaration constantly in mind, shall strive by teaching and education to promote respect for these rights and freedoms", was one of disbelief when I realized the incredible surdity (ab-surdity?) of our educational systems to this basic requirement of the Declaration. I was not even two years old when this document was ratified. I am now Fifty-four. I have spent the first half of my life immersed in formal education and the second half in an educational and research environment. Yet, despite the many diplomas that certify my formal education, I am appalled that it took the apocalyptic images of New- York under terrorist assault for me to read the Universal Declaration of Human Rights in its entirety for the first time in my life! There is nothing to be proud of in that realization, considering that, among men of good will, no-one should be granted a diploma, a professional license, a driving permit, a salary, a marriage certificate, a fire-arm licence or even be recognized as an adult member of a civilized society until he can recite by heart the Universal Declaration of Human Rights and has deeply reflected on its implications in term of individual responsibility. One can hardly be surprised that, in a materialistic culture where "having" is a drug of choice, we are more anxious to claim our individual rights and freedoms than to respect the identical rights and freedom of those we share the planet with. Yet, doesn't the Golden Rule remind us to grant others the rights we want them to grant us? This radical and unavoidable change of perspective, if we want to survive, is simple but extremely difficult because we must first undergo a detoxification from our greed for rights and freedoms and become sensitive to the needs of others.

Let us now explore the 30 articles of the "universal declaration of the rights of others". A few questions have been inserted after some articles to stimulate a much needed reflection.

Article I
All human beings are born free and equal in dignity and rights. They are endowed with reason and conscience and should act towards one another in a spirit of brotherhood.

(Question: "Do I recognize, not only in principle but in practice, the freedom and equality in dignity and rights of my fellow human beings, do I behave towards them in a spirit of brotherhood?")

Article 2
Everyone is entitled to all the rights and freedoms set forth in this Declaration, without distinction of any kind, such as race, colour, sex, language, religion, political or other opinion, national or social origin, property, birth or other status.
Furthermore, no distinction shall be made on the basis of the political, jurisdictional or international status of the country or territory to which a person belongs, whether it be independent, trust, non-self-governing or under any other limitation of sovereignty.

(Question: am I keeping my xenophobia in check today?)

Article 3
Everyone has the right to life, liberty and security of person.

(Question: ... and drinking water? How many of the of the 6 billion human beings currently living can say that their right to life, liberty and security is respected?)

Article 4 No one shall be held in slavery or servitude; slavery and the slave trade shall be prohibited in all their forms.
(Question: how many invisible slaves are currently weaving the clothes I will buy at a discounted price to-morrow?)

Article 5
No one shall be subjected to torture or to cruel, inhuman or degrading treatment or punishment.

(Question: When was the last time I read a report from Amnesty International?)

Article 6
Everyone has the right to recognition everywhere as a person before the law.

(Question: How many died in the ruins of the World Trade Centre and of the Pentagon, in Palestine, in Israel and elsewhere in the world, after summary death sentences, without trial and without being recognized as persons before the law?)

Article 7
All are equal before the law and are entitled without any discrimination to equal protection of the law. All are entitled to equal protection against any discrimination in violation of this Declaration and against any incitement to such discrimination.

Article 8
Everyone has the right to an effective remedy by the competent national tribunals for acts violating the fundamental rights granted him by the constitution or by law.

(Question asked by millions of refugees: what constitution and what competent national tribunals?)

Article 9
No one shall be subjected to arbitrary arrest, detention or exile.

Article 10
Everyone is entitled in full equality to a fair and public hearing by an independent and impartial tribunal, in the determination of his rights and obligations and of any criminal charge against him.

Article 11
1.Everyone charged with a penal offence has the right to be presumed innocent until proved guilty according to law in a public trial at which he has had all the guarantees necessary for his defence.
2.No one shall be held guilty of any penal offence on account of any act or omission which did not constitute a penal offence, under national or international law, at the time when it was committed. Nor shall a heavier penalty be imposed than the one that was applicable at the time the penal offence was committed.

Article 12
No one shall be subjected to arbitrary interference with his privacy, family, home or correspondence, nor to attacks upon his honour and reputation. Everyone has the right to the protection of the law against such interference or attacks.

Article 13
1.Everyone has the right to freedom of movement and residence within the borders of each State.
2.Everyone has the right to leave any country, including his own, and to return to his country.

Article 14
1.Everyone has the right to seek and to enjoy in other countries asylum from persecution.
2.This right may not be invoked in the case of prosecutions genuinely arising from non-political crimes or from acts contrary to the purposes and principles of the United Nations.

Article 15
1.Everyone has the right to a nationality.
2.No one shall be arbitrarily deprived of his nationality nor denied the right to change his nationality.

Article 16
1.Men and women of full age, without any limitation due to race, nationality or religion, have the right to marry and to found a family. They are entitled to equal rights as to marriage, during marriage and at its dissolution.
2.Marriage shall be entered into only with the free and full consent of the intending spouses.
3.The family is the natural and fundamental group unit of society and is entitled to protection by society and the State.

Article 17
1.Everyone has the right to own property alone as well as in association with others.
2.No one shall be arbitrarily deprived of his property.

(Citation de Gandhi: The earth can satisfy all our needs, not all our greed.)

Article 18
Everyone has the right to freedom of thought, conscience and religion; this right includes freedom to change his religion or belief, and freedom, either alone or in community with others and in public or private, to manifest his religion or belief in teaching, practice, worship and observance.

Article 19
Everyone has the right to freedom of opinion and expression; this right includes freedom to hold opinions without interference and to seek, receive and impart information and ideas through any media and regardless of frontiers.

Article 20
1.Everyone has the right to freedom of peaceful assembly and association.
2.No one may be compelled to belong to an association.

Article 21
1.Everyone has the right to take part in the government of his country, directly or through freely chosen representatives.
2.Everyone has the right to equal access to public service in his country.
3.The will of the people shall be the basis of the authority of government; this will shall be expressed in periodic and genuine elections which shall be by universal and equal suffrage and shall be held by secret vote or by equivalent free voting procedures.

Article 22
Everyone, as a member of society, has the right to social security and is entitled to realization, through national effort and international co-operation and in accordance with the organization and resources of each State, of the economic, social and cultural rights indispensable for his dignity and the free development of his personality.

Article 23
1.Everyone has the right to work, to free choice of employment, to just and favourable conditions of work and to protection against unemployment.
2.Everyone, without any discrimination, has the right to equal pay for equal work.
3.Everyone who works has the right to just and favourable remuneration ensuring for himself and his family an existence worthy of human dignity, and supplemented, if necessary, by other means of social protection.
4.Everyone has the right to form and to join trade unions for the protection of his interests.

Article 24
Everyone has the right to rest and leisure, including reasonable limitation of working hours and periodic holidays with pay.

Article 25
1.Everyone has the right to a standard of living adequate for the health and well-being of himself and of his family, including food, clothing, housing and medical care and necessary social services, and the right to security in the event of unemployment, sickness, disability, widowhood, old age or other lack of livelihood in circumstances beyond his control.
2.Motherhood and childhood are entitled to special care and assistance. All children, whether born in or out of wedlock, shall enjoy the same social protection.

Article 26
1.Everyone has the right to education. Education shall be free, at least in the elementary and fundamental stages. Elementary education shall be compulsory.
Technical and professional education shall be made generally available and higher education shall be equally accessible to all on the basis of merit.
2.Education shall be directed to the full development of the human personality and to the strengthening of respect for human rights and fundamental freedoms.It shall promote understanding, tolerance and friendship among all nations, racial or religious groups, and shall further the activities of the United Nations for the maintenance of peace.
3.Parents have a prior right to choose the kind of education that shall be given to their children.

Article 27
1.Everyone has the right freely to participate in the cultural life of the community,to enjoy the arts and to share in scientific advancement and its benefits.
2.Everyone has the right to the protection of the moral and material interests resulting from any scientific, literary or artistic production of which he is the author.

Article 28
Everyone is entitled to a social and international order in which the rights and freedoms set forth in this Declaration can be fully realized.

Article 29
1.Everyone has duties to the community in which alone the free and full development of his personality is possible.
2.In the exercise of his rights and freedoms, everyone shall be subject only to such limitations as are determined by law solely for the purpose of securing due recognition and respect for the rights and freedoms of others and of meeting the just requirements of morality, public order and the general welfare in a democratic society.
3.These rights and freedoms may in no case be exercised contrary to the purposes and principles of the United Nations.

Article 30
Nothing in this Declaration may be interpreted as implying for any State, group or person any right to engage in any activity or to perform any act aimed at the destruction of any of the rights and freedoms set forth herein.

In closing, I would like to ask a few questions to the reader of this solemn declaration inspired in 1948 to men of good will representing more than 50 peace-loving nations by the nightmare humanity was awaking from as it counted its dead from the second world war:
Had you read it before? If not, why and if yes do you keep it constantly in mind? Would you agree that to enjoy the rights and the status of adulthood every individual should know this declaration by heart and solemnly vow to implement it in front of his community by acknowledging his duty to grant others the same rights he wishes to be granted by them?
This is easier said than done. The principles of this declaration are written with the blood of countless victims to whom the basic human rights it enumerates have been denied. Mankind will not know peace among individuals or nations until they are implemented.
(A copy of the Universal Declaration of Human Rights can be obtained on Internet at the following address: http://www.unhchr.ch/udhr/lang/eng.htm or by writing to your elected representatives and asking them, at the same time, to read or re-read it and to keep it constantly in mind.)

Daniel Laguitton
Sutton, Qc, Canada

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